Notre invité
Pierre-Marie Vautier, agent territorial engagé pour le soin grâce à l’art
Rencontre avec Pierre-Marie Vautier, chargé de mission à la Direction de la Culture, du Tourisme et des Sports du Département des Yvelines. Il coordonne le programme « Yvelines musées solidaires », qui inclut un dispositif innovant de prescription muséale soutenu par EpA.
Pouvez-vous décrire les grandes lignes de ce programme ?
Le projet naît en 2023, dans un contexte post-Covid marqué par l’isolement des musées et une fragilisation accrue des publics. A cela s’ajoutent des contraintes budgétaires fortes, liées notamment à une politique de sobriété et à la crise immobilière. Face à ces enjeux, il a été nécessaire pour le Département des Yvelines d’imaginer de nouvelles formes d’action publique en mobilisant les ressources existantes. En juin 2024, le Département a alors voté un programme ambitieux, structuré autour de quatre volets complémentaires : financement de diagnostics d’accessibilité des musées et monuments, formation des agents sur les enjeux d’accessibilité, spectacles vivants sur le handicap, et surtout un dispositif novateur de « prescription muséale ». En 2026, désormais sous le nom d’« Yvelines Musées Solidaires », nous avons ajouté un cinquième dispositif via lequel nous allons faire intervenir des art-thérapeutes dans les musées avec des groupes venant de structures médicales ou sociales.
Qu’est-ce que la « prescription muséale » ?
Les premières « prescriptions muséales » ont été lancées en 2018 au Musée des Beaux-Arts de Montréal sous l’impulsion de sa Directrice à l’époque, Nathalie Bondil*, permettant à des professionnels de santé de prescrire des visites de musée à leurs patients.
L’enjeu est de proposer une approche complémentaire aux pratiques médicales, en s’appuyant sur les effets positifs de l’art sur la santé. Dans les Yvelines, ce dispositif se distingue par son déploiement à l’échelle d’un territoire, en s’adressant à l’ensemble des professionnels de santé, y compris en libéral, ainsi qu’aux travailleurs sociaux employés par le Département et en mobilisant un réseau diversifié de musées.
Cette prescription se matérialise sous forme d’un chéquier que les professionnels demandent au Département permettant de distribuer des chèques « culture » à des patients souffrant notamment de troubles psychologiques.
Comment le réseau des musées s’est-il structuré autour de ce projet ?
D’autres programmes de prescriptions muséales existent en France mais aucun ne repose sur un réseau d’établissements comme le nôtre. Nous collaborons avec 19 musées, monuments et centres d’art qui sont des structures associatives, communales, intercommunales, départementale, nationales et même européenne. Certaines sont de petits établissements reposant sur un seul salarié, d’autres sont de grands établissements nationaux dépassant la centaine de millier de visiteurs annuels.
L’adhésion des petits musées ruraux est un atout majeur de notre programme. Grâce à leur adhésion, nous avons pu créer un véritable maillage territorial d’établissements ouvert à la muséothérapie.
Quels résultats observez-vous depuis le lancement ?
Les premiers retours témoignent d’un intérêt marqué de la part des professionnels de santé. La demande en chéquiers de prescription a été soutenue dès le lancement du dispositif. Sur la première année, plus de 1 600 prescriptions ont été émises. Psychologues, psychiatres, structures médico-sociales et acteurs de l’addictologie se sont saisis de cet outil. L’implication progressive d’acteurs hospitaliers constitue également une perspective encourageante. Le dispositif est en phase d’accélération.
Le programme doit-il évoluer à court terme ?
Ce programme s’inscrit dans une approche de santé intégrative, qui dépasse le seul cadre médical. La culture, le sport ou encore le lien social sont autant de facteurs contribuant au bien-être des personnes.
Depuis le début de l’année, un développement autour de l’art-thérapie a été lancé, avec la mise en place de jumelages entre musées et structures de santé afin de proposer des séances dédiées. Un appel à candidature pour les art-thérapeutes sera par ailleurs lancé ce mois-ci. Les offres seront consultable sur le site du Département : Le programme "Yvelines Musées Solidaires" - Conseil départemental des Yvelines
*Nathalie Bondil intègre le conseil scientifique d’EpA à partir du 24 avril 2026.
![Photo_Profil[81].jpg](https://static.wixstatic.com/media/421cb7_11922a79c62f488eb92d67d052ef7c1e~mv2.jpg/v1/crop/x_3,y_0,w_923,h_1226/fill/w_219,h_291,al_c,q_80,usm_0.66_1.00_0.01,enc_avif,quality_auto/Photo_Profil%5B81%5D.jpg)
Pierre-Marie Vautier
