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Regard d'expert

Jean-Pierre KLEIN 
«Le rôle de l'art-thérapeute n'est pas d'expliquer ou d'interpréter. »

Né à Paris en 1939, Jean-Pierre Klein est psychiatre, chercheur en psychothérapie, écrivain et homme de théâtre. Depuis plus de quarante ans, il explore les liens entre création artistique et soin psychique. Fondateur de l'INECAT en 1986, il est aujourd'hui l'une des grandes figures de l'art-thérapie en France. À l'occasion des SISM 2026, dont le thème est « Ouvrons-nous aux arts pour notre santé mentale », EpA remettra le 5 octobre son prix annuel au meilleur mémoire d'art-thérapie de l'INECAT. L'occasion de lui donner la parole.


EpA : Vous êtes neuropsychiatre et, dès les années 1970, vous faites intervenir des artistes dans votre service de psychiatrie à Blois. Qu'est-ce qui vous a conduit à introduire l'art dans votre pratique ?


JPK : D'abord, je me réjouis que les SISM mettent l'art à l'honneur cette année. C'est important, à condition de ne pas oublier que l'art-thérapie est un véritable métier. On ne devient pas art-thérapeute en quelques jours. Cela demande une formation, une expérience, un travail sur soi et une posture particulière.


Pour répondre à votre question, j'utilisais déjà beaucoup le dessin avec les enfants que j'accompagnais. J'observais que, lorsqu'un enfant crée, quelque chose se passe. À travers l'image, il peut approcher des réalités difficiles sans avoir à les nommer directement. On entre dans l'imaginaire, dans le symbolique. Et là, mine de rien, des choses se mettent en mouvement.


De mon côté, j'avais aussi une pratique artistique. J'écrivais depuis l'enfance des romans et des pièces de théâtre. J'avais donc l'intuition que la création pouvait ouvrir des chemins que la parole seule n'emprunte pas toujours.


EpA : Que se passe-t-il concrètement dans un atelier d'art-thérapie ?


JPK : Ce qui agit, c’est autant l'œuvre, qui contient de façon symbolique les tourments projetés qui envahissent la personne, que le processus de création lui-même : la personne crée, transforme, assemble, invente. Pendant ce temps, elle élabore aussi quelque chose d'elle-même, parfois sans même s'en rendre compte.


Le rôle de l'art-thérapeute n'est pas d'expliquer ou d'interpréter. Nous pouvons voir certaines choses dans une production, bien sûr, mais nous nous gardons de les dévoiler. Une interprétation trop rapide risque d'interrompre le travail de symbolisation qui est en cours.


J'ai toujours été méfiant à l'idée de mettre des sous-titres sous les œuvres. Dans l'art-thérapie, il faut accepter qu'une part demeure mystérieuse, même pour nous. Entre la personne et le thérapeute, il y a l'acte de création. Et parfois, une prise de conscience surgit d'elle-même. Mais elle ne se commande pas. Tout se joue dans ce « mine de rien » qui me semble essentiel.


EpA : Comment est née l'idée de créer l'INECAT ?


JPK : Je me suis rendu compte que beaucoup d’artistes avaient un grand talent artistique mais manquaient de repères cliniques. À l'inverse, certaines formations envisageaient l'art-thérapie sans réelle expérience de création. Or, selon moi, on ne peut accompagner quelqu'un dans un processus créatif sans l'avoir soi-même traversé.


L'idée de l'INECAT est née de cette conviction. Il fallait un lieu où les artistes se forment, donnant naissance à un véritable métier théorisé, transmissible, à partir d’une pratique qui s'était peu à peu construite sur le terrain.


EpA : Quels sont les grands principes de la formation ?


JPK : La formation dure trois ans. Nous y abordons la psychopathologie, l'anthropologie, l'histoire de l'art, l'analyse des pratiques, mais aussi de nombreux ateliers expérientiels, des stages et des temps de supervision.


Nous encourageons également les étudiants à effectuer un travail thérapeutique personnel. Quand on accompagne les autres, il est important de connaître ses propres zones sensibles afin de ne pas projeter ses problématiques sur eux.


Nous enseignons moins ce qu'il faut faire que ce qu'il ne faut pas faire. Le premier principe est de respecter les défenses psychiques de chacun. La personne doit rester l'autrice de son propre cheminement. J'aime dire que l'art-thérapeute est un « méta-créateur ». Il ne crée pas à la place de l'autre. Il construit le cadre à l'intérieur duquel l'autre pourra créer et, peut-être, se transformer.


EpA : Face aux crises actuelles et aux nombreuses violences révélées ces dernières années, quel rôle l'art peut-il jouer ?


JPK : Nous traversons une période de grands bouleversements. Beaucoup de personnes éprouvent un sentiment de désordre ou de fragmentation.


L'art nous rappelle que la destruction n'est pas toujours une fin. Dans certaines techniques de collage, par exemple, il faut d'abord déchirer des images pour créer autre chose. Ce geste est intéressant symboliquement : ce qui est détruit peut devenir la matière d'une nouvelle construction.


Je crois que l'art nous aide à transformer ce qui paraît insupportable. Il permet de donner une forme au chaos. Et lorsqu'une forme apparaît, quelque chose devient déjà un peu plus habitable.


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Pour aller plus loin :

 

Séminaire mensuel à la Halle Saint-Pierre, sur le sujet de la médiation et de la catalyse sociétale, janvier-juin 2027, avec :

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  • Jean-Pierre Klein, pédopsychiatre et fondateur de l'INECAT

  • Nicolas Bourriaud, commissaire d’exposition, co-directeur, avec Jérôme Sans, du Palais de Tokyo à Paris (2000-2006), auteur d’Esthétique relationnelle 

  • Marie-José Mondzain, philosophe de l’image, directrice de recherche au CNRS, autrice de Accueillir : venu(e)s d'un ventre ou d'un pays, Les Liens qui libèrent ;

  • Clément Bosqué, philosophe du management, ancien directeur Île-de-France pour la Fondation Institut National de Formation et d’Application (INFA).

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Informations et inscriptions recommandées : communication@hallesaintpierre.org.

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Jean-Pierre Klein

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