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Notre invité

Aboubakar, jeune Ivoirien qui s’est transformé grâce à l’art

Aboubakar est né en Côte d’Ivoire et arrive en France à l’âge de 15 ans, après un périple éprouvant, mais avec le projet d’aller à l’école et d’apprendre un métier. À son arrivée, n’étant pas reconnu comme mineur, il se retrouve sans prise en charge et à la rue. Il évoque une période difficile, marquée par la précarité, durant laquelle il rencontre néanmoins plusieurs associations, notamment France Terre d’Asile et 4A, qui lui offrent un accompagnement et des premiers repères. Dans ce cadre, il accède à des cours de français, lieux d’apprentissage mais aussi de socialisation. C’est à cette occasion qu’il découvre progressivement la pratique artistique, à travers un atelier de médiation artistique.

"Quand je n’étais pas reconnu mineur, c’était une période très difficile, j’ai été dans la rue, c’était l’hiver. L’association France Terre d’Asile m'a orienté vers des cours de français. J’y ai enfin trouvé des amis, dont Ismaël, qui m’a dit de venir dans les cours de peinture. Il me disait : cela va te faire du bien. Au début, je n’ai pas accepté. Je me disais qu’est-ce que je vais peindre, moi qui ne sais pas peindre, qui ai faim et qui ai froid. Il me dit : vaut mieux être au chaud, on dessine et cela permettra de te fatiguer. Ensuite ma curiosité m’a poussé et j’y suis allé."

Il rejoint alors l’association 4A, soutenue par Entreprendre pour Aider, qui propose le dispositif "Édition Originale" : des ateliers de médiation artistique accessibles à des personnes en situation de précarité. Le cadre repose sur quelques principes simples : absence de jugement, liberté d’expression et pratique régulière. Les participants y expérimentent différentes formes de création, sans objectif de performance. Les ateliers sont encadrés par des binômes d’art-thérapeutes.

"Quand j’y entre, je vois des gens comme moi, la manière dont ils étaient là me plaisait, ils étaient dans la convivialité. Tout le monde était ensemble et rigolait. Là, je me suis dit que c’est bon. Je n’avais pas encore de sourire mais, voyant les autres sourire, je me disais que ça allait arriver."

À ce moment-là, Aboubakar ne parle que très peu. L’atelier constitue un espace alternatif d’expression, où il peut s’engager progressivement. Sa présence devient régulière, et la pratique s’inscrit dans la durée.

"Chaque vendredi, et même en dehors du cours, je venais à l’atelier pour passer du temps à peindre. Cela m’a transformé. Quand j’en parle aux autres ils ne me croient pas. Venir en France à quinze ans ou quatorze ans, tout cela est très difficile à exprimer. Le dessin est devenu quelque chose de très important. Aujourd’hui encore, je dessine souvent. C’est quelque chose de cathartique et cela me permet de me libérer des pensées négatives. J’aime m’exprimer à travers les couleurs."

 

Au fil du temps, cette pratique lui permet de structurer un récit personnel qu’il ne parvenait pas à formuler autrement. Il développe un travail mêlant dessins et textes manuscrits, qui aboutit à la réalisation de son "Édition originale", retraçant son parcours. On y découvre des épreuves terrifiantes ainsi que les émotions traversées au cours de ses années de précarité. Dessins et textes se répondent, formant un récit à la fois sensible et puissant. Un motif revient souvent : celui d’un arbre qui perd ses feuilles, à côté d’un autre couvert de bourgeons, comme une promesse de renouveau, une métaphore de l’espoir.

 

"J’ai beaucoup perdu espoir, notamment quand j’ai vu mes amis mourir sur le chemin, en mer… Mais il faut tenir jusqu’au printemps. C’est important car souvent tu penses avoir tout perdu mais il ne faut pas laisser tomber. Ne vous découragez pas ! Pensez aux arbres, ce n’est peut-être que l’automne."

Aujourd’hui, Aboubakar s’implique au sein de l’association. Il est notamment membre du conseil d’administration de 4A. 

"Ils ont ouvert un espace de lumière dans mon cœur. Cela m’a fait du bien et c’est grâce à eux que je parle et que j’arrive à m’exprimer même par la voix. Avant j’étais muet, aujourd’hui je parle, le dessin m’a donné la voix et a soigné mes blessures !"

En 2025, l’association 4A a déployé 100 ateliers qui ont accueilli 208 jeunes exilés, soit 300 heures de création.

Pour aller plus loin :
Voir Aboubacar présenter son livre sur YouTube.
Écouter le podcast réalisé avec Aboubacar. 

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Le livre d’Aboubacar, projet "Éditions originales" de l’association 4A.

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